par Vahan Edward Benglian Jr.

Pendant deux semaines au mois de mai (7-20), un groupe de visiteurs – 16 de la région de Toronto, 3 de Montréal et un de Moscou – a vécu un voyage inoubliable. Ce fut un pèlerinage sur divers sites du patrimoine arménien en Turquie. Dans cette mission et dans la mesure du possible, le groupe a rejoint le clergé local et les congrégations locales dans la camaraderie et la solidarité. Cet excursion était également un voyage spécial pour chaque participant, car c’était une occasion extraordinaire de se rapprocher de leurs racines familiales, à la fois géographiquement et spirituellement. Lors du parcours, nous, «pèlerins», nous sommes devenus proches les uns des autres et avons pleinement apprécié notre parenté avec les Arméniens (et d’autres peuples) au-delà de nos cercles habituels.

Nous reconnaissons avec gratitude la contribution de toutes les personnes responsables au succès du voyage. En premier lieu, le voyage était conçu et autorisé par l’Évêque Abgar Hovakimyan, Primat du Diocèse arménien du Canada. Il a ensuite été développé et organisé par le Conseil central de la guilde des femmes, dirigé par Anita Ohanessian (présidente), Ayda Afarian, Diana Bogosyan et Silva Mermer, qui ont toutes travaillé à leur tour en étroite collaboration avec l’équipe de professionnels du voyage en Turquie, notamment Kevork Sabuncu. Le Révérend Archiprêtre Zareh Zargarian, Vicaire du Diocèse arménien du Canada et Curé de l’Église de la Sainte-Trinité de Toronto, a dirigé les prières sur les lieux saints que nous avons visités. En l’absence d’une chorale, la soprano Lena Beylerian a mis en valeur ces moments évocateurs avec sa voix forte et radieuse.

Le voyage a officiellement commencé à Istanbul avec trois sessions consacrées à la présence arménienne dans la ville. Le groupe s’est rendu dans l’ancien quartier arménien de Kumkapi, où un bref service a été célébré à l’Église patriarcale Surp Asdvadzadzin (Sainte Mère de Dieu), suivi d’une visite au Patriarcat arménien d’Istanbul pour une rencontre avec le Vicaire général, l’Archevêque Aram Ateshian et d’autres membres importants du clergé. Le lendemain, le groupe a visité l’Église arménienne historique Surp Hreshdagabet (Saint Archange) à Balat, un quartier d’Istanbul autrefois peuplé de Grecs, de Juifs, ainsi que d’Arméniens. Enfin, le groupe a visité le cimetière arménien de Shishli, dans le quartier de Beyoglu, où sont enterrés de nombreux dirigeants éminents de la communauté. Au milieu des pierres tombales ornées, se trouve un mémorial du poète Taniel Varoujan (1884-1915) qui affiche quelques lignes de son poème Andastan

Bien que la mission principale du voyage ait été liée à de tels sites, notre parcours est inévitablement devenu une expérience d’apprentissage multiforme et diversifiée. Après tout, la Turquie est un kaléidoscope de couleurs, d’espaces, de paysages, de cultures et de civilisations. Son histoire comme sa géographie se superpose sans cesse, complexe et pleine de rebondissements. Nous ne pouvons oublier, ni ignorer les éruptions de violence qui ont décimé ses populations minoritaires au fil des ans, mais cela ne nie pas le fait qu’il y a beaucoup de choses importantes qui méritent d’être vues et comprises à cœur ouvert.

Le reste de notre temps à Istanbul a été consacré à visiter des endroits comme la célèbre Basilique Hagia Sophia (Sagesse divine) de l’époque byzantine (inaugurée en 537 après J.-C.), ainsi que la Mosquée Bleue datant de l’époque ottomane (construite en 1609-1617). Nous avons exploré une ancienne citerne souterraine, fait une croisière en bateau le long du Bosphore et admiré des vues spectaculaires sur la ville environnante depuis plusieurs belvédères. Nous avons rencontré des exemples saisissants d’opulence impériale et de splendeur architecturale dans le cas du palais de Topkapi (construit entre 1459-1465) et du palais de Beylerbeyi (conçu par Sarkis Balyan et construit au cours des années 1860). Et en bonne mesure, nous sommes entrés dans le dédale des ruelles du Grand Bazar et avons eu un aperçu de la profusion accablante des marchandises présentées à la vente.

En route vers notre prochaine base d’opérations à Izmir, nous nous sommes arrêtés dans la ville d’Iznik (connue historiquement sous le nom de Nicée). C’est ici que des membres représentants des Églises se sont réunis au premier Concile œcuménique en 325 après JC et ont adopté le credo de Nicée. L’Arménie était représentée par l’Évêque Arisdagés, qui était le fils cadet de Saint Grégoire l’Illuminateur. Pendant notre séjour en ville, nous avons visité les restes reconstruits d’une ancienne Église, aussi appelée Hagia Sophia, mais de taille beaucoup plus petite que son analogue à Istanbul. Elle fut le site du septième Concile œcuménique en 787 après J.-C.

Le lendemain, jour de la fête des mères, nous nous sommes rendus à la Maison de la Vierge Marie, un sanctuaire catholique et musulman, situé sur une montagne, près d’Éphèse. Des dévots des deux religions croient que l’Apôtre Jean a emmené Marie dans ce refuge où elle a vécu toute sa vie. Nous avons ensuite visité Éphèse pour explorer les ruines spectaculaires de cette ancienne cité grecque, un lieu où l’Apôtre Paul avait exercé son ministère pendant plusieurs années (de 52 à 55 après J.-C.). Nous nous sommes rendus au pittoresque village voisin de Shirince, dominé par la colline. Ce village était grec jusqu’à son abandon vers la fin de la guerre gréco-turque (1919-1922). Au cours des dernières décennies, des efforts ont été déployés pour préserver et restaurer ses maisons et bâtiments historiques.

Sur notre chemin vers le Cappadoce, nous avons visité les terrasses en travertin blanc de Pamukkale, nous avons marché pieds nus dans des bassins d’eau minérale chaude et exploré les ruines de la ville gréco-romaine adjacente de Hiérapolis (ville sainte).

En Cappadoce, nous avons visité divers sites géologiques présentant des paysages escarpés et bizarres et des cheminées de fées énigmatiques qui font la réputation de la région. Quelques âmes courageuses de notre groupe sont même allées jusqu’à regarder ce cadre magique au lever du soleil d’une position avantageuse du haut d’une montgolfière. De retour sur terre, nous sommes allés dans la vallée d’Ihlara, descendant jusqu’au fond, puis avons grimpé de longs escaliers raides pour entrer dans les Églises rupestres byzantines et les espaces monastiques creusés dans le roc sur les hauts murs du canyon. Au musée de plein air de Goreme, nous avons observé d’autres exemples plus élaborés de telles Églises et Monastères taillés dans le roc.

Alors que nous nous dirigions vers Adana, nous nous sommes arrêtés à Kayseri pour visiter l’Église arménienne de Surp Krikor Lusavorich (Saint-Grégoire-l’Illuminateur). Le terrain autour de l’Église est plutôt morne, avec des champs isolés, parsemés de mauvaises herbes et flanqué d’un amas d’immeubles d’habitation. La structure de l’Église a dû être renforcée dans de nombreux endroits par des barres d’acier. Mais les beaux châtaigniers et l’abondance des amandiers qui se tiennent près de l’entrée semblent promettre de l’espoir et de vitalité. Après que nous soyons entrés dans l’Église et que nous ayons examiné ses caractéristiques, un service de requiem (hokehankist) a été célébré à la mémoire des membres décédés des familles des pèlerins.

Plus tard, nous avons remonté le flanc d’une colline jusqu’à un endroit connu sous le nom de Talas, qui offrait une vue panoramique de Kayseri avec sa toile de fond montagneuse. Au début du 20ème siècle, Talas servit de quartier général aux missionnaires américains et canadiens et aux travailleurs humanitaires dans cette partie de la Turquie. (L’histoire remarquable de sauvetage de ce groupe de la vie de milliers d’orphelins, telle que écrite par l’écrivaine canadienne Wendy Elliott, a été publiée l’an dernier par l’Institut Gomidas.)

La route de Kayseri vers la région d’Adana nous a offert notre dernier aperçu du mont Erciyes (Argée) et nous a fait découvrir une magnifique série de scènes de montagne en perpétuelle évolution, rappelant les Rocheuses et les Alpes. En poursuivant notre route vers Karatash, une station balnéaire de la mer Méditerranée, la terre s’est aplatie.

De cette base d’opérations, nous nous sommes rendus dans la ville portuaire d’Iskenderun (historiquement connue sous le nom d’Alexandrette), où nous avons visité l’Église arménienne Karasun Manuk (Quarante Bébés), située dans une rue commerçante, étroite, et avons rencontré le jeune Prêtre qui dessert maintenant la région. Nous avons ensuite poursuivi notre route vers le village arménien de Vakifli, situé dans la partie inférieure de la pente sud de l’immense Musa Dagh, où nous avons visité l’Église arménienne Surp Asdvadzadzin. Sous l’imposante présence des cyprès d’à proximité, nous avons été chaleureusement accueillis par la plus grande fête de bienvenue que nous ayons eue pendant le voyage.

Nous avons dîné plus loin dans un restaurant sur le flanc d’un coteau au milieu d’une orangeraie. Son patio extérieur offrait une vue sur le fond de la vallée, sur une mer recouverte de brouillard, sur le rivage situé à droite, et sur une crête de montagne située derrière la vallée qui plonge dans la mer. Il n’est pas clair si des membres de notre groupe étaient au courant à ce moment, que juste derrière cette montagne se trouvait la frontière syrienne, ainsi que la ville de Kessab.

Le jour suivant à Karatash, nous avons passé un peu de temps sur la plage et le soir, nous avions hâte de célébrer l’événement car le lendemain on rentrait à Istanbul. Alors que nous arrivions à dîner dans un restaurant en plein air surplombant la mer, la Mère Nature nous a surpris encore une fois avec une scène incroyable. Nous avons eu droit à la vue sublime d’une pleine lune parfaite, adossée à un ciel noir de jais, au-dessus de la mer, dont les reflets scintillaient à la surface de l’eau. C’était comme si une marine d’Ivan Aivazovsky, peintre russo-arménien du XIXe siècle, avait soudainement pris vie à une échelle grandiose.

Il reste encore quelques mots à dire. Premièrement, le consensus est que la nourriture était toujours fraîche et délicieuse. Cela confirme l’opinion souvent exprimée de la génération âgée, selon laquelle les aliments goutaient meilleur dans le vieux pays. Deuxièmement, l’auteur a constaté dans ses interactions avec la population locale, que presque tout le monde était infailliblement amical, prévenant et gentil.

Dans l’ensemble, ce voyage a été un retour émouvant pour ceux d’entre nous qui avons des racines familiales dans cette partie du monde. Inévitablement, ce fut une expérience révélatrice et stimulante à plusieurs niveaux.